Ainsi fut sauvéeVannie
AVANT-PROPOS de Sandrine Etcheverria
« Il faut embrasser sa part d’ombre pour atteindre sa lumière… »
Une maxime qui peut sembler illusoire, voire utopique, aux femmes ayant connu ou connaissant encore la violence. Vous vous demanderez peut-être de quelle violence il s’agit. Celle qui touche l’intimité de la personne, qui peut être physique, verbale ou psychologique. Peu importe sa forme, le résultat est le même : dans la chair comme dans l’esprit, les blessures restent inscrites, indélébiles, comme tracées au feutre sur la mémoire du corps et de l’âme.
Un jour, un thérapeute m’a dit : « Vous aurez beau faire toutes les thérapies, votre corps n’oubliera jamais. » Et il avait raison. Nous pouvons tenter d’occulter les souvenirs, mais à chaque date anniversaire — sans bougies ni chansons joyeuses — notre corps se rappelle, par la douleur, là où il a été touché. Vous pourriez penser : double peine… Et pourtant, il existe quelque chose que le tortionnaire ne peut jamais ôter : la parole.
Aujourd’hui, il est temps de parler. La parole devient arme et refuge, visible dans les médias, dans les procès, dans les témoignages qui émergent et secouent notre conscience collective. Les féminicides, tragiques et innombrables, doivent alerter et faire entendre le vécu de ces femmes. Ce n’est pas une réalité que l’on peut recouvrir d’un simple pansement : il suffit d’un souffle pour que tout s’envole.
La seule liberté véritable est de parler, de partager cette douleur. L’exprimer, sous toutes ses formes, pour montrer à son corps et à son esprit que la force de vie est plus forte, plus digne. Pour ne plus fuir les miroirs, pour cesser de se laver X fois afin d’effacer l’indélébile. Le soin, c’est vivre. Ne jamais laisser personne vous enlever cette volonté d’être. Tendre la main quand la douleur est trop forte, poser un baume sur les cicatrices, et transformer son vécu en force de vie : cette lumière qui éclaire votre chemin, et peut-être, celui des autres.
